Apprendre à faire confiance au She-P
- Maja Mušič

- 14 janv.
- 6 min de lecture
Le parcours honnête d’une plongeuse en grotte.
par Maja M.
Le parcours honnête d’une plongeuse en grotte — et pourquoi le bon dissolvant de colle a tout changé
Il y a peu de choses en plongée qui t’apprennent l’humilité plus vite que ta propre vessie.J’ai appris cette leçon à la dure lors de mon premier « Cave Camp », organisé par mon instructeur Florian Symoens dans la région du Lot en France, l’une des destinations de plongée en grotte les plus emblématiques d’Europe. L’année précédente, j’y avais terminé mon cours de plongée en grotte ; et si les plongées elles-mêmes étaient inoubliables, la routine après plongée… l’était beaucoup moins. Je me souviens encore très bien d’avoir jailli hors de l’eau après les plongées d’entraînement, en me battant désespérément avec ma combinaison étanche comme si ma vie en dépendait.
L’été dans le sud de la France, c’est facilement des températures bien au-delà de 30 °C, et une bonne hydratation n’est pas optionnelle, surtout lorsqu’on fait des plongées longues et exigeantes. Mais chaque gorgée supplémentaire venait avec une horloge qui tournait. Faire des compromis sur l’hydratation n’était pas envisageable. Les couches pour adultes, en revanche, étaient tout aussi impensables pour moi. Même si beaucoup de plongeurs et plongeuses — hommes comme femmes — jurent que c’est la solution, mon cerveau refusait tout simplement d’y aller. Il ne restait donc qu’une seule solution : une pee-valve et mon tout premier She-P.
Le She-P (et la Sisterhood)
Pour celles et ceux qui ne connaissent pas : un She-P est un dispositif en silicone conçu pour les plongeuses, collé directement sur le corps et relié par un tuyau à une pee-valve installée dans la combinaison étanche. Charmant, non ?
Heureusement, les gars de ScubaRepair ont rapidement installé la valve sur ma combinaison, et peu après je me suis retrouvée à commander mon premier She-P.
Ce qui a suivi fut une plongée profonde dans la recherche en ligne : vidéos explicatives, manuels produits, et — peut-être le plus important — le légendaire groupe Facebook She-P : « The divine secrets of the She-P sisterhood ». Un endroit plein de sagesse, d’avertissements et d’histoires qui m’ont fait rire à voix haute plus d’une fois. Les récits allaient d’incidents malencontreux à des victoires totales, toujours accompagnés de conseils généreux et d’un rappel rassurant : personne n’est seul là-dedans.
Encouragée par cette sagesse collective, j’ai commencé à expérimenter. D’abord à sec, à la maison sous la douche, puis finalement dans l’eau.
De la colle, de la colle partout (et pas toujours agréable)
Mes premières tentatives étaient… modérément réussies. Le principal défi n’était pas le She-P lui-même, mais l’adhésif, en particulier Uro-Bond-V. L’application au pinceau demandait patience et précision, et l’enlever ensuite relevait d’une toute autre bataille.
Les lingettes dissolvantes recommandées Smith & Nephew enlevaient bien la colle, mais provoquaient malheureusement aussi une sensation de brûlure sur ma peau autour de la vulve — pas exactement un luxe après la plongée. Huile pour bébé ? Lingettes bébé ? Des miracles pour certaines, totalement inutiles pour moi. La seule chose qui fonctionnait vraiment était l’enlèvement manuel, ce qui laissait ma peau déjà sensible — ma peau « drama-lama » — irritée et mécontente.
Pour protéger ma peau, j’ai commencé à utiliser des lingettes de préparation cutanée (skin prep), ce qui marchait bien. J’ai aussi appris quelques règles d’or :
Éviter de se doucher avec des savons hydratants avant l’application
L’épilation aide. Le rasage est courant, mais une coupe courte suffisait pour moi (même deux semaines plus tard)
Plus les poils sont longs, plus le retrait est légèrement inconfortable
À cette étape, chaque plongée venait avec un petit monologue intérieur discret : « S’il te plaît, ne fuis pas. » Pour être tranquille, j’ai investi dans des culottes menstruelles comme solution de secours discrète — bien moins encombrantes que les couches pour adultes et un compromis que je pouvais accepter.
Malgré tout, toute cette installation ressemblait à un rituel à faire de préférence à la maison : salle de bain propre, du temps, du calme. Lire que d’autres femmes l’installaient dans des vans ou derrière des buissons me laissait admirative. Le She-P avait clairement des avantages — surtout pour des plongées de plus de deux heures — mais la galère me décourageait souvent de l’utiliser régulièrement.
Une nouvelle colle, le même vieux problème
Avec le temps, l’Uro-Bond-V a épaissi parce que certains composants s’évaporaient, devenant presque impossible à appliquer. À peu près au même moment, la production a été arrêtée. Avec l’aide et les suggestions de la communauté She-P, je suis passée à Skinister medical adhesive, juste avant un voyage au Mexique.
J’ai tout de suite préféré. L’application en spray était plus simple, mais nettement moins précise que la technique au pinceau requise avec l’Uro-Bond. Ma solution ? Du papier cuisson. Plié en ovale et placé sur la zone “réservoir”, il protégeait tout ce qui n’avait pas besoin d’être collé. Astuce pro : protège aussi la surface dessous, sauf si tu veux des sols de salle de bain collants à vie.

Le Skinister fonctionnait magnifiquement pendant la plongée, mais le retrait restait un problème. Une “culotte spéciale She-P” est devenue indispensable, car les taches de colle sont inévitables. Après le Mexique, le She-P est resté inutilisé pendant des mois. La contrainte d’installation faisait que je sautais souvent l’étape. Si je voulais plonger après le travail, j’avais déjà deux heures de route devant moi, et ajouter encore du temps de préparation n’était pas toujours tentant. Mes plongées n’étaient tout simplement pas assez longues pour justifier l’effort… jusqu’au jour où il n’y a plus eu d’excuses.
Entraînement CCR en grotte, eau chaude, et impossible d’y échapper
Cet hiver, je suis partie à Cueva del Agua en Espagne pour un entraînement CCR en grotte. Une grotte d’eau chaude à 29 °C en janvier, c’est le rêve. Mais eau chaude et grotte peu profonde signifiaient aussi : plongées plus longues et hydratation accrue.
Quelques semaines avant le voyage, Bram a mentionné que Scubarepair proposait désormais le Skinister Medical Adhesive Remover. C’est tout ce qu’il me fallait comme motivation. Le 2 janvier 2026, l’expérience a commencé.
Application : ce qui a enfin fonctionné pour moi
Avec le temps, j’ai affiné ma technique. Ce qui marche le mieux pour moi :
Je m’accroupis, je tiens le dispositif, et j’utilise mon majeur pour trouver la zone du périnée (l’endroit entre l’entrée du vagin et l’anus). Je colle le She-P de l’arrière vers l’avant. J’en colle environ la moitié en étant accroupie, puis je me lève et je colle le reste. Cette méthode m’a donné une bien meilleure étanchéité à l’avant, là où j’avais eu de petits soucis auparavant. Ensuite, je presse fermement le dispositif contre ma peau et j’attends brièvement. Certains recommandent d’attendre au moins 15 minutes entre l’application de la colle et la pose du dispositif ; personnellement, je n’ai pas remarqué de grande différence entre le fait de l’appliquer immédiatement ou après quelques minutes.
Résultat ? Aucune fuite. Zéro.
Ni après des plongées de quatre heures.
Ni en scooter.
Même pas en se faufilant dans des restrictions.
La petite voix du doute était toujours là, mais heureusement, elle avait tort.
Le grand final : le retrait (enfin une fin heureuse)
De retour à l’appartement, j’ai retiré le She-P confortablement dans la salle de bain. Quelques sprays de dissolvant sur du papier toilette, quelques passages doux… et alors quelque chose d’inattendu s’est produit.
Rien !
Pas de brûlure.
Pas de résidu collant.
Pas d’irritation.
Petite note : le papier toilette n’est pas l’outil idéal. Après quelques passages, il commence à se désagréger, laisse de petits morceaux, et absorbe plus de dissolvant que nécessaire. Ça marche, mais une compresse ou une gaze serait clairement meilleure — pour le confort et l’efficacité.
Une autre fois, avec un peu plus de colle et des poils légèrement plus longs, le retrait était plus inconfortable au début. J’ai vaporisé le dissolvant directement le long du bord du dispositif, comme j’avais lu qu’on pouvait le faire. Presque instantanément, l’adhésif a commencé à se décoller. Un spray de plus, et le She-P était à moitié retiré.
J’étais vraiment ravie. Pour nettoyer le She-P lui-même, je préfère toujours les lingettes Smith & Nephew. Parfois, je “scelle” le dispositif avec une lingette dans un sac ziplock — une méthode qui rend le retrait de la colle étonnamment facile. Après chaque utilisation, je rince le She-P et le tuyau à l’eau chaude et je laisse sécher. Pour un stockage plus long, je désinfecte avec des pastilles de nettoyage pour prothèses dentaires dissoutes dans de l’eau chaude (merci, Kruidvat).
Dernier conseil pratique : si tu dois retirer le She-P ailleurs qu’à la maison, rince-le rapidement et pose un morceau de papier cuisson sur la face adhésive. Il colle juste assez pour protéger, et se décolle facilement plus tard.

Photo 1 : Kit de survie post-plongée contenant : un sous-vêtement de rechange, des lingettes démaquillantes, une bande adhésive pour protéger le sous-vêtement, une seringue pour rincer la valve de plongée, un sac plastique pour le masque de plongée usagé et quelques feuilles de papier sulfurisé, le tout rangé dans un ancien étui de masque de plongée.
Conclusion
Le She-P n’est pas magique. Il demande de la patience, de l’expérimentation, et la capacité de rire de soi de temps en temps. Mais pour les plongées en grotte, les plongées déco, ou toute plongée où la durée et l’hydratation comptent vraiment (ou pour les plongeuses dont la vessie se vide plus vite que souhaité), cela peut être un vrai game changer.
Pour moi, la pièce manquante était un dissolvant qui respecte réellement ma peau. Le Skinister Medical Adhesive Remover a transformé la frustration en confiance et a rendu tout le système enfin durable.
Et c’est finalement cela qui nous permet de nous concentrer sur ce qui compte vraiment:
la plongée !



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